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MAKASOUND CD > EARL CHINNA SMITH
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 | | Interview Earl Chinna Smith |
| | |  Une petite présentation biographique ? Quand et où êtes vous né ? Je suis né dans des temps anciens. Je pourrais dire que je suis né la semaine dernière, il y a dix, vingt ou soixante dix ans, ce serait une plaisanterie, parce que je viens d'un temps jusqu'au temps présent. Présentement, je vis dans le temps présent. I Man ne peut pas enregistrer le temps.
Vous êtes probablement le musicien - guitariste - le plus couru de Jamaïque, qu'en est-il ? La musique est la musique. Il y a énormément de grands musiciens, et tu as plusieurs types de sons. Il y a le son commercial et le son céleste ; et tant d'autres. I Man représente le son céleste, le son spirituel.
Quand avez-vous rencontré le son pour la première fois ? J'ai grandi dans une famille qui avait un sound-system. Mon père s'en occupait. Donc la musique était autour de moi 24/24, c'était un bain permanent,
C'était plutôt ska ou rock steady ? Ska, le ska en fait, vers la fin des années 50.
Quels guitaristes vous ont influencé ? Oh, des grands, comme Ernest Ranglin, Lynn Tait, Ox Brown, plein de gars du coin, le grand Bobby Aitken, le frère de Larry Aitken. C'est le premir qui m'a montré comment faire un vrai rif de guitare. Je me souviens que c'était Fattie Fattie. Nice !
Vous avez déjà jouez avec Lynn Taytt ? Oui, et ça a été un honneur pour moi de partager une session avec lui. Winston Riley était le producteur, et je croise bien que c'était pour les artsistes Max Romeo et Bumpy (Johnny Osbourne)… le morceau Nobody's Child, un hit de Maxie. Le grand Lyyn Taytt et il y avait de nombreux musiciens des Skatalites sur cette session : Tommy McCook - god bless his soul -, Lloyd Brevett, et d'autres. J'étais le plus jeune musicien de la session.
Vous avez toujours baigné dans la musique, mais qu'est ce qui vous a poussé vers la guitare ? Ok, mon père avait un sound, et le disc-jokey, un ami à lui, est un jour venu avec une guitare. Je l'ai vu et c'était la première fois qu'un objet me fascinait autant. Ayant grandi avec une éducation tournée vers le respect, nous n'étions pas autorisé à toucher des trucs sans y être invité. Après que le gars soit parti, j'ai essayé de m'en faire une, avec ce que j'ai observé et retenu. Des lignes de pêche…mais tu n'as pas le son. J'ai persisté et compris que cet instrument était fait pour moi.
Et votre première vraie guitare ? J'ai grandi dans le quartier de Greenwhich Town, Kingston 13 ;Il y avait un groupe qui répétait tout le temps non loin de chez moi : The Soul Syndicate. Jeunes, comme on aimait la musique, on allait là-bas tous les soirs, juste pour regarder les gars jouer. C'était amusant pour nous d'aller écouter les hits qu'ils jouaient dans leur cour. J'étais de ceux qui venaient tous les soirs, ainsi qu'un ami à moi, qui a un jour acheté une guitare. Je chantais en fait, je ne jouais pas encore de guitare. Et aucun d'entre nous ne parvenait à l'accorder. Donc un soir nous l'avons amener dans le repaire du Soul Syndicate ; et je me suis assis en face du guitariste, le regardant accorder sa guitare, et d'essayer de reproduire, et de regarder la position des doigts. Mais ça ne sonnait toujours pas ! Alors le gars m'a dit : " viens ici man, ne vois-tu pas que ta guitare n'est pas accorder ? " Il m'a montré comment m'y prendre et ce jour j'ai appris beaucoup. J'étais là tous les soirs et j'apprenais à jouer tous leurs morceaux. Un beau jour, le guitariste à du partir pour les Etats-Unis, mais le groupe avait toujours besoin d'un guitariste. J'ai été choisi et whao ! C'était sérieux. En quelques mois ou peut-être au bot d'une année, je suis devenu le leader du groupe…c'était du sérieux .
C'est comme cela que vous avez intégré le groupe ? Yah yeah, mais pendant des années j'ai utilisé leur guitare, je n'en avais pas. Jusqu'au jour où j'ai pu m'en offrir une. Je me souviens de cette première guitare, c'était une Hegman, je l'avais acheté à un gars qui s'appelait Jackson. Une belle guitare, solide. Et puis ça a continué.
Une fois où j'ai interviewé Tony Chin (guitarist rythmique du Soul Syndicate), il me racontait que vous étiez le Soul Syndicate, et quand vous jouiez pour certains producteurs, ils vous rebaptisaient. Joe Gibbs avec les Professionnals, Niney avec les Observers, et d'autres. En fait il s'agissait souvent du Soul Syndicate. Comment ressentiez vous le détournement de crédit à l'époque ? Yeah yeah, je dois dire que Tony Chin est aussi une de mes inspirations…On ne payait pas vraiment attention à cela, parce que nous étions à fond dans la musique. Nous jouions pour la musique, pas pour autre chose. Ca n'est que des années après, quand tu croises certains disques et que tu lis ce qui est ecrit sur la pochette. Et la tu vois des noms et tu te dis : " Le gars n'a jamais rien fait la dessus, pourquoi son nom est la sur la pochette ? " Je ne peux pas oublié par exemple ce frère du ghetto, un rastaman, Yabby You, je n'oublierai jamais ; c'est trente ans après, je vois un disque de Yabby You qui dit produit par Yabby You. C'est Familyman, Horsemouth et moi qui l'avons produit ! Comment peut-il dire qu'il arrange des morceaux ?!? Il était venu nous voir avec une mélodie, c'est un chanteur qui a voix bien. Et on lui a fait un instrumental. Qu'est ce que ça lui aurait couté d'ecrire la vérité sur le disques, nos noms, le noms des arrangeurs ? Ca se passe comme ça ! Des Rastaman le font, des baldheads aussi. Tu ne sais jamais !Mais la vérité est la, pour toujours. Je ne suis pas ici pour exposer des gens.
Ca n'est pas pour le côté dénonciation, mais souvent on ne connaît pas assez bien le rôle fondamental des musiciens dans le reggae. Oui, mais si le poisson avait gardé sa bouche fermée, il n'aurait pas été attrapé. Il faut en parler de temps en tempes, parce que les musiciens ont trop souvent été les plus maltraités dans cette musique alors que tant ont fait un travail énorme !
Vous la dedans depuis plus de trente. La situation des musiciens en Jamaïque a-t-elle évoluée au cours des décennies ? Oui, c'est mieux aujourd'hui. Les musiciens ont appris à ce défendre. Les musiciens se sont tellement fait brûler ! Aujourd'hui, tout cela est plus un business, avant c'était plus la musique. Avant, la musique se faisait avec le cœur, avec des gens purs. Aujourd'hui, c'est devenu l'appât du gain. Peu nombreux sont ceux qui se marrent pendant que les autres pleurent. Ca craint ! Les gens prétendent avoir fait des trucs auxquels ils n'ont jamais participé. C'est comme l'idiot qui se fait voler par les sages. Du coup la sagesse devrait être autre chose ! Mais c'est ainsi (so it go)
Au début des années 80, vous avez lancé les labels High Time et High Music, ainsi qu'une boutique de disques à Kingston, High Music. Quels ont été vos motivations ? Oui, les deux. L'idée première était d'être indépendant puisque tous les pirates voulaient programmer les musiciens d'une certaine façon. Il fallait donc que l'on reprenne le contrôle de notre musique. Que l'on crée pour nous. C'est une équipe. Certains veulent bien travaille rmais d'autres sont dans d'autres trips. Moi, je joue de la guitare et c'est ce que je préfère faire. Il fallait donc une personne pour s'occuper du busniees, et un autre et un autre pour ceci ou cela. Et chacun a commencé à faire son truc pour soi-même, chacun de son côté ! Pour faire du business, il faut être sérieux. J'aime les personnes, je ne peux pas faire certains trucs ; le business est un truc bizarre : les gens n'ont pas ce qu'ils méritent, mais ce qu'il négocient ! Tu comprends. Du coup tu dois parfois prendre des décisions folles pour t'accommoder à certaines situations ! J'aime trop les gens pour pouvoir les brûler. J'ai dit ok, si c'est ça, je retourne à ma guitare, à mon activité favorite et je laisse tout ça de côté. Rendons à César ce qui appartient à César. Mais on a quand même partagé des bonnes vibes, d'excellents artistes ont participé au programme, et on a bâti un catalogue que j'ai préservé au cours des années.
Pour les accrocs du reggae roots, quelque chose s'est cassé dans le reggae au début des années 80, par rapport à ce qui se produisait dans les années 60 et 70. Qu'en pensez vous ? Tout le monde dit ça ! Bob Marley est venu lancer un programme sérieux. Il a porté la musique reggae aux plus hauts niveaux. Et il a dit, dans un de ces morceaux : " Quand tu crois que c'est la fin, ça n'est que le commencement ". Maintenant, en son absence, d'autres gens la porte. C'est comme un relais. Le truc est parti et on te le passe à toi ou à quelqu'un d'autre qui va le relayer. Les gens agissent comme s'ils voulaient créer une nouvelle lune, ou une nouvelle étoile, voir même une nouvelle terre. Mais ces trucs existent déjà ! Et personnes ne peut les refaire ! Tu dois venir apprécier la lune tous les soirs telle qu'elle est quand elle brille. C'est pareil pour le reggae, tout est la, tout existe déjà. Il suffit que les jeunes et les anciens se mettent ensemble et recréent une magie. La plupart de nos jeunes aujourd'hui court arpès les petits artistes américains du hip-hop alors qu'il y a une vibe si forte en Jamaîque. Et si on ne l'entretien pas, on la perd. Il y a donc ces jeunes qui essaient d'intégrer le hip-hop à la musique jamaïcaine, mais tu ne peux pas. Tu ne peux pas changer le reggae ! Personne ! Le reggae est le battement de cœur de tout un peuple ! Mais chacun a sa vibe, sa thune, et chacun fait son truc. Regarde ce qui va et ce qui ne va pas. Certains ne peuvent même pas défendre leurs paroles ! Nous avons de artistes comme Ken Bob, viens Ken ! On des artistes guerriers comme lui, des soldats de l'armée de Jah.
Ken Bob : Yes, Rastafari !
Chinna : Parce que nous devons créer une armée pour régler son compte à Babylone. Je m'arrêterai jamais de brûler le feu sur Babylone. La musique, c'est ce que nous utilisons pour cela. Et pour cela qu'est ce qu'on fait, we play music inna what ? Inna we yard ! Comme les Binghy le font. Le son passe en direct. De notre Yard, on balance notre son guerrier à toute la terre. Inna de Yard ! Et le gens la sente. |
 | | Earl Chinna Smith Inna de Yard | | Recorded in Chinna's yard, Kingston 10, mid-august 2004, by Clive "Dub King" Geffrey & Earl Smith Jr.
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 | | Earl Chinna Smith Inna De Yard 2 | | Credits:
Recorded Inna de Yard, Kingston 10, between the 14th & the 19th of July 2008 by Clive “Dub King” Jeffrey
Produced and arranged by Earl “Chinna” Smith and Idrens Inna de Yard except as mentioned.
Executive producer: Soundicate
Mixed in Kingston by Clive “Dub King” Jeffrey
Mastered by Serial P at Dubwise Factory
Coordination project: Makasound Inna de Yard
Artwork: Nicolas “Kouakou” Mamet
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